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Sommaire du N° 2 mars/avril 1997 "Inégalité, précarité, misère"

Les inégalités, les pauvres les riches
Nous sommes dans la "jette société"

A partir de mots, nous sommes en pleine falsification du sens, en plein retournement des valeurs.
Cela commence par le consensus qui masque par un voile les parties honteuses du corps social. Parties honteuses procrées par la compétitivité - la flexibilité-servilité - la concurrence.
- Nous sommes entrés depuis 1976 dans la 3° guerre économique mondiale (1) que l'on cache sous le terme de mondialisation.
- "C'est la guerre! 20 millions au chômage en Europe, 60 millions avec celles et ceux qui travaillent peu ou n'ont plus rien. C'est la concurrence de tous contre tous. L'économie triomphante ne sert pas les hommes.. Elle se sert d'eux , puis les jette. Elle abuse de la terre, la salit, la dépouille. C'est le triomphe de la jette société" (2).
-D'autres voies existent pourtant, inspirées de simple bon sens.
- Tout se passe comme si
Etre riche émane d'un ordre naturel établi par la compétence, par l'éthique étant censé justifier la notion d'inégalité dynamique au service de l'économie. Les riches se font pontifier de "forces vives" "car supposées détentrices et productrices d'emplois, mais qui, même subventionnées, exonérées, dorlotées dans ce but, non seulement n'en créent aucun ou presque, mais même bénéficiaires (en partie grâce aux avantages mentionnés), licencient à tour de bras" (3).
Même Georges Soros, l'un des 50 "maîtres" du monde, spéculateur qui a fait sombrer en 1992 la livre sterling, déclare :
"J'ai fait fortune sur les marchés internationaux et pourtant je crois à présent que l'intensification effrénée du capitalisme libéral et l'extension des valeurs marchandes à tous les domaines de la vie risquent de mettre en péril l'avenir de notre société ouverte et démocratique.
J'affirme qu'une société ouverte peut être menacée d'un excès d'individualisme, par un excès de compétition et manque de coopération. L'argument en faveur du laisser-faire et contre la distribution des revenus repose sur la doctrine de la Survie, du plus apte". fin de citation.
- 358 Milliardaires de la planète ont une fortune en dollars qui est plus importante que les revenus cumulés de 2 milliards, 300 millions d'individus, soit 45% des habitants de la planète !!! (4)
Tout se passe comme si
"La misère profite souvent au profit. partout propagé, actif, mais jamais cité, si ce n'est sous la forme de ces pudiques "créations de richesses" censées bénéficier aussitôt à toute l'espèce humaine et receler des trésors d'emploi. II n'y a plus d'acteurs ou de profiteurs d'un système qui permet, encourage, sécrète l'exclusion, mais seulement des spectateurs, des témoins. Exploitation, sujétion, subordination, inégalités, injustices sociales, mais de quoi parlez-vous donc?" (5) "Qu'allez-vous chercher? Ne suffit-il pas de lire l'exclusion dans le regard d'un sans-abri  ? A vos poches, les inclus ! "(6)
- "La compassion ne mène pas à l'action; elle en obstrue même le chemin. Car l'action ne demande pas des larmes, mais de la résolution ; elle ne demande pas qu'on souffre de constater une injustice, mais qu'on soit décidé à la supprimer".(7)
Mairie de Grenoble: dans un tel état de misère, certains, après avoir cherché du travail partout, se retrouvent à la mairie. Où le ton monte, paraît-il une personne aurait crachée à la figure du premier magistrat de la commune. "Oh, cela ne se fait pas..." Puis la peur s'empare, les remuants se trouvent écartés (exclus ! ?) de la mairie. Après avoir fait ou laisser-faire la chasse aux gueux, on va pouvoir tenir sa permanence "d'élu" tranquille, loin de la misère. Ne dit-on pas que ces remuants chercheurs de travail devraient être "placés" dans un hôpital psychiatrique!? Ce qui est étrange, c'est que dans la municipalité précédente c'est exactement ce que l'on disait des remuants qui portaient plainte au tribunal administratif au sujet des "affaires" Carignon.
Le pouvoir (! ?) fuit la misère, a peur et est incapable de savoir, de comprendre ce que c'est que de chercher un travail, un logement. La galère, le pouvoir en parle dans les colloques. Incapable d'écouter celui, celle qui n'a rien. Eux sont à l'abri par un salaire régulier, retraite assurée.
"Pour le seul 17° siècle, on dénombre 50 délibérations municipales à Marseille destinées à cloîtrer ces miséreux."(8)
"d'où vient cette permanence de l'exclusion ? C'est affaire de réflexe mental, et cela ne change pas beaucoup. II est plus facile d'exclure que de secourir, de cacher que de prendre en compte. On se rassure volontiers en masquant le problème de l'exclusion. Aujourd'hui comme hier, c'est la même peur de l'autre."(9)
- Suite à l'embauche par un jugement des prud'hommes d'une employée de France Télécom, un jeune employé provisoire (CES) constitue un dossier pour attaquer la Mairie de Grenoble. Et le dit partout. Puis, il doit partir huit jours. A son retour, son dossier a disparu ! ? Son chef de service l'appelle: Au fait, jeune homme, vous êtes embauché" ; ainsi la peur d'une mairie de gauche et écologiste soit condamnée est apparemment efficace.
- L'héritage Carignon: 700 emplois supprimés, "remplacés" par des CES, des stagiaires, des contrats. Bref de l'emploi provisoire à tout va. Pendant ce temps, des revenus importants, des logements gratuits dits de "de fonction" sont fournis à des cadres. Inégalités dites-vous ?

Tout se passe comme si
Les inégalités doivent perdurer, voire s'accentuer, comme si l'on ne peut pas faire autrement. "Ainsi il existe des mots qui, à un certain moment, font la loi. C'est le cas aujourd'hui, la compétitivité c'est devenu un évangile qui se réduit à quelques idées simples: nous sommes engagés dans une guerre technologique, industrielle et économique sans merci à l'échelle mondiale. L'objectif est de survivre, "à ne pas se faire tuer", la survie passe par la compétitivité ; hors d'elle, point de salut à court et à long terme. Le rôle principal de l'Etat, de l'école, des syndicats, des villes, etc. ..., est de créer un environnement le plus propice aux entreprises afin qu'elles soient (ou deviennent ou restent) compétitives dans cette guerre planétaire. La compétitivité est comme la grâce : on l'a ou on ne l'a pas. La compétitivité n'est bonne que pour une infime portion de la population mondiale". (10)
- En France aussi, les inégalités ne cessent de croître, cependant que la richesse a augmenté de 35% en 10 ans (11). 20% de la population la plus riche possède 68,8% du patrimoine, 43,85% des revenus soit 7 fois plus que les pauvres qui ne disposent que de 6,01% des revenus".(12)

Tout ce passe comme si
La précarité était un mot, et n'était pas des vies.
" Pour la première fois, la masse humaine n'est plus matériellement nécessaire au petit nombre qui détient les pouvoirs.
- quand prendrons-nous conscience qu'il n'y a pas de crise, ni des crises, mais une mutation ! non celle d'une société, mais celle, très brutale, d'une civilisation ?"(13)
8 millions de personnes en galère entre chômeurs, SDF, CES, CIE. En Isère, 140000 personnes "vivent" avec moins de 60 F par jour. Sourds et aveugles, les gestionnaristes compétents ont l' inconséquence de dire qu'il n'y a pas d'argent. Ils sont très compétents dans l'ignorance. Ils refusent obstinément de comprendre, d'analyser, d'agir face à cette mutation (qu'ils appellent crise). On jette des humains, comme l'on jette des ordures.
- Une série de cercles concentriques définissent comment s'opère cette mutation
"quand la République se résigne à être scandaleuse,
- quand la démocratie ne se veut plus vertueuse
- quand la marchandise dicte la loi" (14)
Dans le cas du nucléaire, les précaires (intérimaires), l'on s'en sert... jusqu'à ce que la dose de radioactivité soit trop important : après, ils n'ont plus de boulot. Si, certains vont travailler à enlever l'amiante ...(15)
Ainsi donc au plus le travailleur est placé comme un oiseau sur la branche, il accepte des travaux dangereux pour sa santé

Repenser les activités humaines à l'échelle de la vie
Il n'y a pas de crise de la production : entre 1975 et 1995, le PIB de la France a augmenté de plus de 70 % alors que le nombre de chômeurs était multiplié par 5 et le nombre d'exclus par 10 ! ! !
En revanche, il existe bien une crise de la répartition des richesses et des biens pouvant être créés avec de moins en moins de labeur humain. (16)

Pour les Verts-isere Léo Richaud


(1) Paul Louis Merlin PDG Merlin Gerin le 10 mars 1976 Le Dauphiné Libéré
(2) Greenpeace 1995
(3) L'horreur économique Viviane Forrester Fayard, Paris, 1996
(4) Rapport de l'ONU, 1996
(5) idem (3)
(6) Danielle Sallenave Le Monde Diplomatique, juillet 1995
(7) idem (6)
(8) Pierre Echinard, historien, Le Monde 24-25 novembre 1996
(9) Michel Sanson: Marseille "ensarre" les pauvres. Le Monde 24-25 novembre 1996
(10) Malheur aux faibles et aux exclus Riccardo Petrella Le Monde Diplo janvier 1989
(11) Le Monde Diplomatique novembre 1994
(12) Le Monde Diplomatique mai 1995
(13) idem (3) et (5)
(14) Un temps de chien Edwy Plenel Gallimard, Folio actuel, Paris
(15) Le Monde 23 janvier 1997
(16) Le Monde Diplomatique mars 1997