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Sommaire du N° 2 mars/avril 1997 "Inégalité, précarité, misère"

Mieux vaut être un miséreux digne qu'un misérable nanti… tant soit peu !

La faim qui tenaille, le froid qui transperce, sans pouvoir assouvir l'un ni se protéger du second ; ça c'est la misère, terrible, implacable ! D'aucuns pourraient avoir la tentation ou la prétention de croire que cette misère est si endémique, si habituelle qu'elle n'est plus intéressante au point de concentrer toute son énergie, intellectuelle ou physique, à considérer et à faire admettre qu'elle ne peut être tolérable et tolérée. Dans le monde, c'est clair, mais c'est encore plus vrai dans les pays industrialisés dits " développés ". Là, la profusion des biens de consommation fait la nique à ceux qui ne peuvent que regarder et au mieux ruminer leur manque et leur frustration. Gnawa Diffusion le dit très bien dans " fric fashion " :
" ...Quand tu es à la rue tu vois l'indifférence
Tu vois la supercherie, tu vois la fausse transparence
D'une société de gaspillage, .des très grosses carences
Sur !es moquettes de Babylone s'entasse la pourriture
Pendant que des enfants n'ont pas de nourriture
Il y a dans ce pays un clivage une cassure
Entre le fond et la forme, la forme a plus d'importance
Au pays de l'abondance, il y a une drôle d'ambiance
Alors on esthétise, on soigne les apparences
Tous les jours pour nous camer
on invente de nouvelles défonces... "
Et au delà de cet extrait, il n'y a qu'à prêter l'oreille à toutes ces chansons issues des cités (îlots de désespoir) qui s'escriment à répéter comme une litanie toutes les formes de misères banalisées vécues au quotidien.

La misère, c'est aussi subir le regard de l'autre, qui vous transperce de son mépris, de sa pitié culpabilisante n'attendant que reconnaissance, ou pitié tout court. Mais cette humiliation n'a pas lieu d'être. Si il y a manque à vivre, manque matériel, la dignité n'en est pas pour autant perdue. Il faut se préserver de cette autre misère qui consiste à se croire à l'abri du manque, bien au chaud dans sa sécurité quotidienne. Cette autre misère, c'est l'égocentrique satisfait de son confort et incapable de transcender sa quête à assouvir ses besoins pour chercher à comprendre. C'est ici que se révèle l'indignité.
Tous l'intérêt du jeûne, qu'il soit juif, ramadan musulman ou carême chrétien, c'est de savoir ce que sont la faim et la soif pour mieux savoir la détresse de ceux qui ne peuvent pas satisfaire leurs besoins physiologiques. Sans faire l'apologie des religions, loin de là, elles aussi génèrent des misères de l'âme, chacun est à même de faire l'effort de ressentir ce que peut être cet état de manque.
D'un coté il y a la misère des miséreux, de l'autre, il y a la misère des misérables.

Sam O. l'autochtone