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Sommaire du N° 2 mars/avril 1997 "Inégalité, précarité, misère"

RENAULT : la 1ére Euro-grève

En février dernier, Louis Schweitzer (le P.D.G. de Renault) annonçait, dans le cadre d'une restructuration de l'entreprise Renault, la fermeture du site belge de Villevorde et le licenciement des 3000 employés travaillant dans cette unité ; cette mesure risquant d'être suivie de l'annonce de 2500 licenciements en France. Jusque là rien, rien de plus que d'habitude : une simple restructuration nécessaire pour l'adaptation de Renault au contexte de la mondialisation, avec ses effets dévastateurs pour l'emploi, désormais bien connus.

Seulement, ce que n'avait pas prévu notre brave P.D.G., c'est l'ampleur du mouvement qui a suivi et a été marqué par deux événements importants :

- une heure de grève générale, dans la matinée du vendredi 7 mars, dans l'ensemble des sites européens de Renault : en Belgique, en France, en Espagne...

- la manifestation du dimanche 16 mars à Bruxelles rassemblant l'essentiel des grands syndicats européens (même Blondel et Notat se tenaient par la main, événement plutôt rare ces temps-ci).

Ce mouvement obligea même messieurs Chirac et Juppé à critiquer Louis Schweitzer, pas sur le fond bien entendu (pour nos dirigeants, il n'y a rien à redire sur la restructuration de Renault), mais sur la forme : ce cher P.D.G. a semble-t-il commis l'erreur de ne pas annoncer, en pleurant : Je suis choqué, profondément bouleversé, de vous annoncer cette triste nouvelle. Je vais devoir fermer ce site de Villevorde, et me séparer de 3000 d'entre vous... , ce qui, comme vous le savez chers camarades, aurait changé beaucoup de choses.

Ce qui s'est passé chez Renault est un événement d'une importance capitale que nous devons d'analyser. En effet, nous vivons dans un système économique caractérisé par la mondialisation ultra-libérale. Avec ce système, un chef d'entreprise peut, à tout moment et sans aucune contrainte, délocaliser son entreprise dans le pays où il le désire. Ceci est une réalité à laquelle serait confronté même un gouvernement le plus progressiste possible, qui souhaiterait mettre en place une politique du type :

- transformation des emplois précaires (C.D.D., C.E.S., vacataires) en emplois stables (C.D.I. notamment)

- forte hausse du pouvoir d'achat, surtout celui des bas salariés

- réduction du temps de travail sans perte de salaire,

ce gouvernement serait confronté aux problèmes posés par la mondialisation. Les grands patrons transféreraient alors immédiatement leurs entreprises vers des pays moins exigeants sur le plan social, sur le plan des salaires.

Dans ces conditions, si nous nous cantonnons à une lutte dans notre petit cadre national, nous serons totalement impuissants face aux ultras-libéraux qui eux évoluent dans une autre catégorie, le registre international. C'est dans ce contexte que le conflit de Renault est intéressant. En effet, même si dans ce conflit des événements extérieurs sont également intervenus (Villevorde : ville du 1er ministre belge, la Belgique est déjà très secouée actuellement en raison d'autres événements dramatiques), ce fut la 1ère fois que des salariés de pays étrangers défilaient simultanément, et pour la même raison. Si ce genre de lutte venait à se poursuivre dans l'Union Européenne, cela pourrait, à terme, rendre caduque la stratégie habituelle de délocalisation des ultras-libéraux.

C'est en partant de ce type de luttes, que nous pourrons construire la véritable Europe. Une Europe plus sociale, très différente de l'actuelle Europe libérale qui ne se caractérise essentiellement que par la libre circulation des capitaux, et se traduit ainsi par une très forte régression sociale ( c'est-à-dire l'antithèse de l'Europe que nous voulons). Ce modèle social européen, que nous pouvons construire (l'exemple de Renault le montre), pourrait alors être utilisé par les salariés d'autres régions du monde (Asie du Sud-Est, continent américain) comme le modèle à suivre.

Le conflit de Renault doit ainsi faire date. Nous devons le retenir comme étant la première Euro-grève.

Le Dynamiteur